Aujourd’hui je reçois dans les pages du blog, Fabien du site Epanessence. Fabien a apprécié le format « lettre à toi… » qui constitue une catégorie à part entière du blog des rapports humains. Il m’a donc proposé un article sous ce format et son point de vue sur le développement personnel m’a séduit. En effet, vous verrez dans son texte qu’il reste prudent vis-à-vis des injonctions diverses et variées que l’on peut retrouver dans ce domaine et le fameux « devenir meilleur ». Je vous laisse découvrir son point de vue…


Je m’adresse à toi. Oui, toi qui veux t’améliorer et devenir meilleur. Toi qui, depuis des années, lis, apprends, te formes, dans l’optique d’être meilleur. Tu prends la vie comme un parcours, comme une montagne à gravir, comme une série de challenges. Cette vision de la vie te coûte beaucoup et je vais te montrer pourquoi.

Une culture portée sur l’image

La culture occidentale est obsédée par l’image où l’emballage compte plus que le cadeau. Les artifices compensent le manque de substance. Tu as beau le savoir, lorsque tu vas sur Instagram ou YouTube, tu te compares à des personnes qui montrent leur meilleur reflet. Pour peu que tu aies une facilité à la comparaison, tu te rabaisses, tu te crois moins bien, insuffisant, cassé.

Te rends-tu compte à cet instant que pour devenir meilleur, tu te compares à une image factice ?

Une photo de mannequin n’a pas grand-chose à voir avec la personne réelle de la vie de tous les jours.

Comme le dit Alessandro Barrico dans son livre « les barbares », le vin « hollywoodien » est un substitut de vin qui n’a rien à voir avec le vin issu des traditions viticoles de vignerons français ou italiens ayant développé une expertise depuis des générations. Le vin hollywoodien, facile à consommer, qui convient à toutes les bouches, sans nuance, sans âme, procure une satisfaction immédiate, de courte durée, à l’image de la société « dopaminée » dans laquelle nous vivons.

Nous baignons dans cette culture de l’image qui vend une vision idéale de la vie selon certains critères. C’est évident quand tu vois des publicités de lingerie ou des couvertures de magazine.

Seulement, c’est omniprésent depuis notre plus tendre enfance dans la moindre œuvre de fiction : la culture est pré-pensée et insère dans notre cerveau des représentations de ce qu’il « faudrait atteindre », des points d’ancrage qu’on se fixe comme but.

Alors, quand tu regardes tout ça et que tu vois dans le miroir, avec tes imperfections au visage, avec tes défauts,…

  • Tu crois que tu as un problème.
  • Tu crois que quelque chose manque.
  • Tu aspires à mieux.

Alors tu fonces dans le développement personnel, pour devenir meilleur, gagner en confiance, avoir plus de discipline, de meilleures relations, un corps plus sculpté, être plus heureux

Ainsi, tu façonnes un « super toi » après lequel tu te mets à courir, un idéal fantasmé selon des critères qui ne sont souvent pas les tiens, et tu te juges de ne pas coller à cet idéal à chaque instant.

Les dégâts de la pédagogie noire

La racine du sentiment d’insuffisance pousse dans l’enfance. Le regard de nos parents est extrêmement important pour nous. Sans eux, nous n’avons ni toit, ni nourriture, ni amour, ni toucher.

Quand tu te sentais triste et que tes parents répondaient « arrête de pleurer », ou « les garçons ça pleurent pas », tu as commencé à les écouter, à mettre plus d’importance sur ce qu’ils disaient que ce que tu ressentais.Tu as fait tout ce que tu as pu pour obtenir leur amour, même si ça a impliqué de te couper de tes émotions, de tes ressentis, de ton instinct, de ta vie intérieure.

Ces conséquences viennent de cette pédagogie noire que beaucoup d’enfants subissent (la majorité dans les pays occidentaux qui pratiquent le « dressage » des enfants, en fait).

Ce terme de pédagogie noire, vient de la psychanalyste Alice Miller, et désigne les méfaits d’une éducation qui brise la volonté de l’enfant, guidée par la croyance dans la nature « mauvaise » de l’enfant et la nécessité de faire que les enfants obéissent aux adultes. La pédagogie noire veut rendre les enfants dociles et malléables, elle repose sur des rapports de pouvoir en considérant de facto le parent comme « sachant » et détenteur d’une vérité, et l’enfant comme « élève » à qui il faut tout apprendre. « Noire » s’entend dans le côté sombre de cette façon de traiter les enfants, il fait référence à la part sombre de l’inconscient et pas nécessairement à des violences physiques.

Cette remise en question des parents a fait grand bruit car ce sujet est souvent un impensable, qu’on ne s’autorise pas à questionner.

Les parents sont renvoyés à leur propre enfance, à leur impuissance face à leurs propres émotions, dès que leur enfant vit la tristesse ou la colère, par exemple. Le réflexe primaire est d’injoncter à l’enfant d’arrêter tout de suite, tant le parent se sent démuni. 

Comment pourrait-il faire preuve d’une écoute qu’il n’a même pas pour lui-même ?

Il n’est pas question de blâmer qui que ce soit, les parents ne faisant que reproduire le schéma auquel ils sont eux-mêmes soumis. Ils le répliquent le plus souvent de façon inconsciente.  Chacun fait de son mieux avec les moyens qu’il a et, parfois, ce n’est malheureusement pas grand-chose.

Le résultat de cette pédagogie noire crée des enfants déconnectés de leurs tripes, de leurs émotions, de leurs envies réelles… Et donne des adultes qui ne se font pas confiance et pensent avoir un problème.

J’ai été de ces enfants et c’est peut-être aussi ton cas si tu me lis actuellement.

Ainsi adulte, tu deviens ton propre bourreau, introjectant le parent normatif à l’intérieur de toi, cette figure d’autorité qui te juge en permanence (cf l’analyse transactionnelle). Ce bourreau intérieur, répète constamment des injonctions, à faire ou ne pas faire, à ne pas ressentir, à ne pas s’affirmer, à ne pas exprimer ses limites, ce qui se traduit par un refoulement voire une répression des affects (qui reviennent tôt ou tard en mode « retour du refoulé »).

Alors avant de lancer un projet, de prendre une décision, comme nous pensons ne pas savoir ce qui est bon pour nous, nous recherchons une validation extérieure, une reconnaissance de notre légitimité à travers un papa extérieur : un diplôme, un patron, un gourou… Nous cherchons à être rassurés sur le fait de ne pas se tromper, de « choisir la bonne voie« .

Ce n’est pas une histoire de « syndrome d’imposteur », de « manque de confiance », c’est une question de reconnaissance inconditionnelle qui a cruellement manqué plus jeune.

Alors tu te mets en quête de formation, d’outils, de thérapies, pour « guérir tes 5 blessures », pour « être la meilleure version de toi-même », pour « devenir meiller », pour « gérer tes émotions« …

Jusqu’au jour où tu réalises que c’est une course sans fin. Que malgré tout ce travail, tous ces livres lus, toutes ces formations suivies, il y a « encore quelque chose qui manque ». Parfois tu y es presque, tu sens qu’il ne te manque pas grand-chose, que tu arrives au bout du chemin…

… et tu n’arrives jamais.

Tu te retrouves dans cette attente, cet espoir que demain sera mieux qu’aujourd’hui, que tu sois meilleur, plus confiant, plus efficace, plus spirituel. Cet idéal du soi devient une prison idéologique qui empêche de te prendre tel que tu es ici et maintenant.  Ça peut être dur à réaliser : la conviction que tu mets dans cet idéal du soi est proportionnelle à ton manque d’amour pour toi.

Pendant qu’une partie de toi veut prendre toute la lumière, se développer, être meilleure… (pour montrer à papa et maman à quel point tu mérites de l’amour), une autre part de toi est mise à la cave, fermée à double tour et privée de lumière… Et crée toute cette douleur, cette souffrance, toutes ces émotions que tu réprimes, que tu considères comme illégitimes, ces comportements déviants, ces addictions à la nourriture, aux drogues, aux réseaux sociaux, au sexe, au travail, au sport… que tu ne comprends pas et que tu cherches à supprimer.

C’est la soupape créée par ton psychisme pour survivre.

De grâce, ne lui jette pas la pierre, tu peux bénir ces protections intérieures !

Le temps du deuil du « devenir meilleur »

Un jour, j’ai réalisé que j’avais couru après une image fantasmée que j’avais de moi, que quand je m’en approchais je me sentais confiant, évolué… Et quand je m’en éloignais, je me sentais nul, au fond du trou, déprimé.

Cette image fantasmée, que j’ai créée de toutes pièces, n’existe pas en dehors de ma tête. Je me suis épuisé à courir après cette chimère.

Peut-être que tu t’es mis aussi cette image en tête, en te mettant une pression immense, des injonctions mortifères, pour un jour devenir cette personne digne d’amour. À un moment, tu finis par réaliser que cet idéal fantasmé est devenu plus important que toi.

Et là, ça fait mal.

Comme je l’ai fait, tu réalises dans tout ton être (et pas que mentalement) le prix à payer d’une telle démarche, basée sur le déni de soi. Rien d’étonnant à voir pointer une grande colère et une profonde tristesse, d’avoir bafoué ton intériorité de la sorte. C’est bien normal. Lorsqu’on réalise le parent normatif, dur et exigeant, qu’on a été envers notre enfant intérieur, la charge émotionnelle associée peut être très forte. L’enfant sort de la cave avec les mêmes émotions de l’époque qui n’ont jamais eu l’opportunité de sortir (et mieux vaut que ça sorte sous forme d’émotions que de maladie, à mon avis).

Le temps du deuil sonne. Le deuil de cette image fantasmée du soi, le « moi idéal ». Tu réalises que tu ne le seras jamais… et que ce n’est même pas souhaitable.

Au lieu de cette fuite en avant basée sur la croyance d’être insuffisant, tu commences à te recentrer sur toi et ce que tu vis vraiment, pour commencer à te prendre tel que tu es. De là émerge une curiosité enfantine de tous les instants :

Qu’est-ce que je ressens maintenant ?
De quoi j’ai envie ?
Quel est mon élan en cet instant ?
Quels sont mes besoins ?
Qu’est-ce qui me rend vivant ?

Ces questions simples n’amènent pas forcément des réponses évidentes. Selon les couches que tu as mises pour te protéger des réponses, tu peux avoir du mal à accéder aux réponses. La patience et la douceur sont la clé pour les laisser émerger. Quand tu épluches un oignon, ça te fait pleurer, mais le meilleur est à l’intérieur.

En réalité, cet élan de vie pousse toujours à l’intérieur de nous et si nous (ap)prenons le temps d’écouter, ça finit par (re)venir. Cet élan vital t’amène à réaliser dans les tripes qu’une relation ne te convient pas, que ce travail t’insupporte, que tu rêves de lancer ce projet de reconversion dans la permaculture ou amorcer ce voyage en Islande…

Et c’est le plus cadeau que tu puisses te faire : écouter ici et maintenant ce que te susurre ton enfant intérieur !

L’acceptation radicale de qui tu es

Te prendre tel que tu es ? Vaste programme !

Faire le deuil de l’image fantasmée de soi ramène à la réalité brute de qui tu es dans l’instant.

  • Avec tes défauts.
  • Avec tes imperfections.
  • Avec tes émotions.
  • Avec tes incohérences, tes doutes.
  • Avec tes besoins, tes envies.
  • Avec tes zones d’ombre.

Oui, ça vient avec tout le package !

Heureusement, tu n’as pas à devenir un être pur, exempt de toute ombre. Tu n’as même pas à devenir « meilleur ». Meilleur que quoi ? Ça voudrait dire que tu n’es pas assez bien maintenant ?

Comment améliorer qui tu es ?

C’est impossible. 

As-tu déjà vu un arbre qui s’est dit « je n’ai pas assez de branches et de feuilles, il m’en faut plus, plus de fruits, sinon je ne mérite pas d’exister » ?  C’est un non-sens absolu, pour les arbres comme pour les humains.

Tu es qui tu es.

Sans une acceptation radicale de qui tu es maintenant, toute démarche de développement personnel se transforme très vite en esclavage de l’enfant que tu as été (et qui est toujours en toi ), et que le parent veut façonner à son image. Cet enfant à l’intérieur de toi est le présent le plus précieux de toute ta vie. Chéris-le de toutes tes forces.

Tu n’as pas à être autre chose que tu ce que tu es !

Comment peux-tu espérer l’espace d’un instant être autre chose que toi-même ? Tu n’es ni cassé, ni brisé, ni dysfonctionnel. Tu l’as peut-être cru, mais tu ne l’as jamais été !

Tu es parfait dans ton imperfection.

Tu mérites l’amour sans condition.

Ta seule présence sur cette Terre compte.

Tu es le cadeau que tu as toujours cherché !


Quand on partage un bien immatériel, on le multiplie. (Idriss Aberkane – Libérez votre cerveau)

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