Continuons cette semaine notre voyage au pays des processus de constructions linguistiques de notre modèle du monde. La semaine dernière nous avions vu que le mécanisme de sélection nous permet certes d’éviter que notre cerveau ne grille par accumulation d’informations mais peut aussi considérablement diminuer notre compréhension d’un message. Les interprétations abusives ne sont alors pas loin de nous pourrir la relation. Cette semaine, nous allons faire un zoom sur un autre de ces processus, la distorsion. Bouclez votre ceinture, calez-vous dans votre siège, il risque d’y avoir des turbulences.

Le processus de distorsion, comme son nom le laisse supposer, déforme la perception que nous avons d’une information de façon à la faire correspondre à notre modèle du monde et plus précisément aux croyances qui le compose. Pour vous donner une image, c’est un peu comme ces miroirs déformants que nous voyons dans les fêtes foraines. L’image qui nous est renvoyée ne correspond pas tout à fait à ce qui fait partie de notre réalité. Si vous l’avez déjà expérimenté, vous constaterez même que ces images nous font rire.

Quand cette distorsion entre dans le champs relationnel et dans la communication, l’issue est parfois beaucoup moins drôle. Encore une fois, le principal risque de cette déformation du contenu d’un message reçu est l’interprétation que nous en ferons. Cette interprétation peut prendre alors plusieurs formes: la lecture de pensée, l’équivalence complexe et le lien de cause à effet.

Télépathie de pacotille

La lecture de pensée apparaît lorsqu’un individu prétend connaître les pensées, les ressentis, les stratégies ou les comportements d’une autre personne, avant même que celle-ci n’en montre la moindre bribe. Dans certains contextes (les personnes en couple depuis longtemps par exemple), il se peut que la connaissance plus approfondie du fonctionnement de l’autre puisse aider à anticiper ou deviner une réponse ou une réaction à venir. Mais cette hypothèse est loin d’être une règle absolue dans la plupart des situations relationnelles.

Dans la lecture de pensée, l’individu confond son interprétation avec ce que peut penser ou ressentir son interlocuteur. C’est que qui s’appelle “projeter sa carte du monde sur l’autre”.

Pour rester dans le questionnement du Méta-modèle que nous avons abordé la semaine dernière, l’idée est ici de retrouver, par questionnement, l’origine de l’information reçue et de connaître le processus qui a conduit la personne à affirmer ce qu’elle dit. Voici quelques exemples de lecture de pensées avec les questions utiles à poser en retour.

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Quelqu’un vous dit: ” Il ne m’aime pas
Vous lui répondez: ” Comment le sais-tu?” (facile 🙂 )

Quelqu’un vous dit: “Je sais qu’ils ne vont jamais accepter cette proposition
Vous lui répondez: “Comment peux-tu le savoir?” (une variante non moins facile)

Quelqu’un vous dit: “Je suis sûr de sa réponse
Vous lui répondez: “Comment arrives-tu à cette conclusion?” (nous explorons plus en détail son processus de distorsion)

Les réponses à ce type de question vont alors faire ressortir le cheminement de pensée conduisant à ces conclusions. Nous sommes alors en présence des deux autres formes de distorsions, les équivalences complexes et les liens de cause à effet.

Égalité, balle au centre

Il y a équivalence complexe lorsque nous mettons un lien d’égalité entre deux éléments qui, à priori, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Il peut s’agir d’un fait externe qui aurait une signification sur notre ressenti, ou des liens de correspondance entre des événements, des processus ou des objets. Ce lien de similitude semble complètement naturel aux yeux de son possesseur et correspond à sa réalité. Il agit en qualité de croyance sur les éléments en présences. La formule couramment employée pour définir l’équivalence complexe est X = Y ou autrement dit le fait X “prouve” l’existence de l’interprétation Y

L’objectif du questionnement est alors, soit de mettre à jour un contre exemple, soit de trouver une autre signification à ce lien d’égalité.

Voyons quelques exemples pour sortir un peu du brouillard dans lequel je suis en train de vous mettre 🙂

Quelqu’un vous dit: “Elle me regarde de travers, elle ne m’aime pas”
Vous lui répondez: “En quoi le fait de te regarder de travers prouve qu’elle ne t’aime pas?” (réflexion sur la signification)

Quelqu’un vous dit: “Le patron ne m’a pas dit bonjour, il a une dent contre moi
Vous lui répondez: “Et s’il ne t’avait pas dit bonjour pour une autre raison, quelle serait-elle?
(recherche d’une autre option)

Quelqu’un vous dit: “Il est rentré tard, il me cache quelque chose”
Vous lui répondez: “Est-il déjà rentrer tard pour une autre raison?
(recherche du contre-exemple)

Il y a bien sûr de multiples possibilités de questions à poser face à ce type d’affirmation. Vous l’aurez compris, le but est de faire sortir la personne hors de son cadre de référence afin qu’elle puisse elle-même créer plus de choix dans son interprétation de la situation et éviter qu’elle ne fasse une fixette sur un seul scénario.

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Pas de fumée sans feu

La dernière forme de distorsion est le lien de cause à effet, généralement employé quand un comportement observable est interprété comme la cause d’une émotion ressentie. La formule employée est alors: X => Y ou autrement dit le fait X est la cause de mon ressenti Y.

Par le passé, j’ai mis un bout de temps à comprendre la différence entre les équivalences complexes et les liens de causes à effets. Je l’ai compris lorsque j’ai pris conscience que:

  • l’équivalence complexe est l’expression d’une signification d’un terme par rapport à un autre
    …. alors que
  • Le lien de cause à effet est l’expression d’un résultat ressenti d’un terme par rapport à un autre.

Là encore, le questionnement du Méta-modèle nous permet de déconstruire le lien de causalité et d’offrir plus de choix dans la réponse au stimulus proposé. Il s’agit alors de rendre la responsabilité des émotions et ressentis à celui qui les exprime, ainsi que de trouver des contre-exemples venant mettre en doute le caractère “absolu” de ce lien.

Quelques exemples:

Quelqu’un vous dit: “Il me rend malade
Vous lui répondez: “Que fait-il pour que tu te sentes malade?
(recherche de détails et retour de la responsabilité du ressenti)

Quelqu’un vous dit: “Sa remarque m’a blessé
Vous lui répondez: “Qu’est-ce qui t’a blessé dans sa remarque?
(idem que le précédent)

Quelqu’un vous dit: “ Le mauvais temps me déprime”
Vous lui répondez: “En quoi le climat influe-t-il sur ton humeur?
(recherche des détails et redéfinissions du ressenti)

Bon, j’espère que cette escale en terre de distorsion n’a pas été trop chaotique. Je reconnais le caractère complexe de ces notions, et en même temps elles me paraissent essentielles à intégrer pour qui souhaite mettre un peu plus de conscience dans sa façon de communiquer.

Il nous reste un détour à faire par la contrée des généralisations. Je peux vous annoncer dès maintenant, et avec plaisir, que la ballade sera plus confortable que celle de cette semaine.

Pourquoi?

Simplement parce que ce processus est plus facilement identifiable que celui évoqué aujourd’hui et que le questionnement qui l’accompagne est enfantin.

A la semaine prochaine.