Ou dit autrement et de façon un peu plus “cash”, comment un coaching peut-il éviter à un patron d’exploser en vol ? J’aborde ce sujet aujourd’hui, car il fait sens avec l’évolution de mon propre parcours professionnel. En effet, depuis quelques mois, en plus du coaching que je pratique toujours, j’ai renoué avec mes premières amours professionnelles, à savoir les soins infirmiers en secteur psy; secteur que j’avais quitté il y a une dizaine d’années pour “voir autre chose”. Dix ans plus tard, je constate (malheureusement sans beaucoup de surprise) que les cas de burn-out ont considérablement augmenté. C’est donc une tentative de lien entre mes deux casquettes professionnelles que je vous propose avec ce duo d’articles sur le burn-out du dirigeant.

Étant donné que le sujet est tout aussi complexe que passionnant, je préfère le traiter en deux parties. Vous trouverez dans cette première partie un petit topo sur le burn-out en général avec un zoom sur le burn-out du dirigeant en fin d’article et dans une seconde partie à venir une argumentation sur l’apport du coaching en prévention de ce syndrome d’épuisement professionnel.

Effet de mode du burn-out ?

Ne nous leurrons pas; s’il est incontestable que la condition de certains patrons d’entreprises s’est considérablement complexifiée ces dernières années, tous les cas de grosses fatigues professionnelles ne sont pas du burn-out.

Comme souvent avec les notions qui touchent au médical, elles font sensation et sont rapidement utilisées un peu à toutes les sauces. Je pense notamment à la grande mode des pervers narcissiques ou des enfants hyperactifs. Depuis que ces “diagnostics”, qui n’en sont pas, ont été avancés, le nombre de pervers narcissiques, d’enfants hyperactifs ou, pour ce qui nous intéresse ici, de cas de burn-out a augmenté de façon démentielle.

Après, on peut se demander si c’est l’histoire de l’oeuf ou la poule; en effet, est-ce en raison de l’apparition du concept que les cas ont augmenté ou est-ce l’augmentation de cas effectifs qui a conduit à trouver un nom à ce concept ? Le mystère reste entier.
D’autant plus, qu’à ce jour, le burn-out n’est toujours pas répertorié dans le manuel de diagnostics des psychiatres, le DSM 5. Il est tout au plus associé à une décompensation anxio-dépressive faisant suite à un état de stress chronique lié à la sphère professionnelle. Il possède néanmoins certaines caractéristiques qui lui sont propres et que vous allez pouvoir découvrir plus bas.

Donc, que le burn-out soit un effet de mode ou pas, j’aurais envie de dire, “on s’en fout”. En revanche, ses conséquences sur la santé mentale des personnes touchées par ce syndrome d’épuisement professionnel sont, elles, bien réelles et douloureuses. Sans parler des dommages collatéraux dans l’entourage (professionnel et/ou familial).

Le burn-out du dirigeant… mais pas que

Comme son titre l’indique, cet article se focalise sur le burn-out du dirigeant. C’est un parti pris de ma part, car c’est une population qu’il m’arrive de côtoyer dans mon activité de coach. Pour autant, et ce n’est pas un scoop, l’épuisement professionnel peut toucher toutes les catégories socioprofessionnelles : salarié, cadre, libéral, exploitant agricole, intermittent, etc.

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De plus, certaines professions sont “plus à risques” que d’autres (agriculteurs, soignants, enseignants, agents de police, artisans, commerçants, services publics, etc.) et dans les entreprises, certains postes sont “plus sensibles” (cadres, managers et bien sûr dirigeants).

Les profils à risque et les situations à risque

Nous l’avons vu, certaines professions ou certains statuts professionnels sont plus exposés que la moyenne au burn-out. Cependant, à l’intérieur du costume-cravate, de la blouse blanche, du bleu de travail ou du tailleur chic se trouve avant tout, un être humain avec sa personnalité, sa sensibilité, ses idéaux et … ses fantômes du placard 😉 . Et là, il n’y a plus ni catégorie socioprofessionnelle ni fonction occupée. Pour une même profession et une même fonction, une situation pourra potentiellement être à l’origine d’un burn-out pour une personne et pas du tout pour une autre. Ainsi, il existe des “profils” présentant une certaine sensibilité au risque de burn-out.

En voici les principales caractéristiques :

  • Idéaliste sur l’objet de l’exercice professionnel
  • Forte conscience professionnelle
  • Ardent désir de reconnaissance
  • Sentiment d’être indispensable
  • Difficultés à déléguer ou à dire non
  • Acharnement à la tâche
  • Tendance à la culpabilité de façon sous-jacente
  • Faible connaissance de ses limites (propres et relationnelles)

Le risque de burn-out devient encore plus grand lorsque ces “profils personnels” sont conjugués avec des “situations professionnelles” à risque. En voici quelques-unes :

  • Isolement / solitude (médecins libéraux, dirigeants d’entreprises, indépendants …)
  • Environnement professionnel émotionnellement chargé (infirmières, éducateurs, services sociaux …)
  • Quantité de travail incompatible avec les ressources disponibles
  • Ambiance conflictuelle (entre professionnels ou au contact du public)
  • Pression temporelle
  • Glissement de la sphère professionnelle vers la sphère privée
  • Faible autonomie dans l’exécution des tâches
  • Environnement professionnel exigent en terme de rythme et de rendement

Les signes précurseurs de burn-out du dirigeant

En fait, j’aurais pu intituler ce paragraphe “les 10 signes de stress professionnels que connaît un dirigeant d’entreprise confronté à un environnement complexe et en perpétuelle mutation”, mais bon, c’était un peu long 🙂
De plus, le burn-out en tant que tel est malheureusement un aboutissement, le dernier point d’un cercle vicieux, l’atterrissage forcé d’un vol qui s’est mal passé. Les principaux signes précurseurs d’un burn-out du dirigeant relèvent donc plus généralement d’un ressenti de stress professionnel qui devient chronique :

  • Fatigue non récupérable (morale et physique)
  • Irritabilité / Impulsivité
  • Trouble du sommeil
  • Sentiment de perte d’efficacité
  • Troubles de la mémoire et de la concentration
  • Ruminations mentales
  • Sentiment de désillusion
  • Prises de décisions parasitées
  • Augmentation de la consommation d’excitants ou de tranquillisants
  • Cynisme
  • Et tous les signes physiques associés…
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Les signes d’un burn-out installé

La problématique spécifique avec le burn-out du dirigeant est que ce dernier est très peu à l’écoute de ses propres signaux d’alerte. Il est bien trop focalisé, voire obnubilé, par les signaux de la “santé de son entreprise”.

Christina Maslach, chercheuse américaine en psychologie sociale, a proposé trois signes principaux formant le trépied du burn-out.

  1. L’épuisement émotionnel
  2. La déshumanisation relationnelle
  3. Le sentiment d’échec personnel

L’épuisement émotionnel est facile à comprendre. Vidé de son énergie vitale, le dirigeant en arrive à fonctionner de manière automatique, comme un robot. Les émotions étant un peu notre baromètre intérieur, il n’y a là plus rien qui puisse lui indiquer si le temps est calme ou orageux, froid ou chaud. Du coup, il ne sait plus s’il doit se protéger, se détendre, rire ou pleurer. Certaines émotions peuvent se mélanger et souvent la colère prend le pas sur le reste. Voyant que la réponse n’est pas appropriée, le dirigeant préfère alors adopter la “poker face” en donnant une impression de froideur et d’hypercontrôle.

La déshumanisation relationnelle amène le dirigeant à considérer l’Autre non plus comme un humain, mais comme un objet. Ainsi, les clients deviennent des “dossiers” ou les collaborateurs des “éléments”. Le détachement que cette attitude engendre peut même être salutaire dans un premier temps, car il le protège de toute implication relationnelle (potentiellement énergivore émotionnellement). Le revers de la médaille se trouve dans le côté cynique et méprisant de l’attitude du dirigeant. Bon, vous me direz que certains ont déjà cette attitude à la base. Ne soyons pas cyniques à notre tour 😉 ; ici, c’est plus dans le changement d’attitude que le phénomène se remarque.

Enfin, le sentiment d’échec personnel est l’effondrement narcissique de la personne. Le patron en arrive à remettre en question sa propre estime de lui, ses compétences et capacités à diriger son entreprise. C’est même toute son identité qui est ébranlée. De plus, étant donné que la fonction est souvent associée avec une partie de sa vie personnelle, le sentiment d’échec fait tache d’huile dans la sphère privée. C’est à ce moment qu’apparaissent les premières idées noires et les premiers signes de décompensation dépressive.

Après ce “petit” topo sur le burn-out du dirigeant, je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la suite de ce billet. Je partagerai avec vous mon point de vue sur la pertinence d’un accompagnement en coaching en prévention d’un burn-out.

D’ici là, si vous souhaitez interagir avec moi, les commentaires sont bienvenus.

Source : “Stress et burnout au travail”. Elisabeth Grebot. Ed Eyrolles

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