En creusant ce dossier sur les besoins humains, je me suis rendu compte que, finalement, la plupart des auteurs des différents inventaires des besoins tournaient autour des mêmes éléments. Les mots pour les décrire sont souvent différents, mais les grandes familles de besoins de l’Homme se retrouvent de façon relativement homogène. L’exemple de cette semaine ne déroge pas à la règle et vous verrez que les besoins selon Will Schutz et selon Eric Berne ont de nombreux points communs avec ce que nous avons vu jusque-là.

En même temps je trouve ça rassurant car, sous l’apparente complexité de notre condition d’être humain, il semblerait que les bases de ce qui constitue notre équilibre ne soit pas si difficile que ça à obtenir dès lors que nous agissons sur les “bons” leviers.

Enfin, ça reste à démontrer…

Pour le moment, voyons ce que l’ami Will Schutz nous propose comme référencement des besoins humains.

Les besoins humains selon Will Schutz

William Schutz (1925-2002) est un consultant et psychologue américain dont les travaux sur le comportement des individus en groupe l’a conduit naturellement à intervenir auprès de grandes entreprises civiles ou militaires. Il est notamment à l’origine du questionnaire FIRO-B qui détermine les Orientation Fondamentales des Relations Interpersonnelles. L’aboutissement de son travail s’est matérialisé par la conception de la méthode “l’élément humain”, désormais mondialement enseigné. Il existe d’ailleurs un livre sur le sujet, “L’élément humain. Comprendre le lien entre estime de soi, confiance et performance” chez InterEditions (je n’ai pas d’action chez eux, promis 🙂 )

Selon l’auteur, il existe deux notions fondamentales pour établir, promouvoir et maintenir une qualité relationnelle satisfaisante avec nos semblables: les besoins interpersonnels et l’estime de soi. Je ne développerai pas ici le concept de l’estime de soi, de façon à rester centré sur la thématique de ce dossier consacré aux besoins humains.

Les besoins interpersonnels selon Schutz sont au nombre de trois.

Le besoin d’inclusion

Il s’agit ici du besoin pour chacun de nous d’être en relation avec nos semblables et d’évaluer nos préférences en matière d’échange avec les autres. En effet, certains d’entre nous se sentent comblés avec très peu de contacts mais dont le critère prioritaire est la qualité relationnelle, pendant que d’autres préfèrent multiplier les rencontres, les échanges et avoir besoin d’une carte mémoire de grande capacité pour stocker le volume de données obtenues lors de ces rencontres souvent éphémères 😉

Ce besoin se caractérise aussi par le sentiment d’importance que nous éprouvons lorsque, précisément, nous sommes en relation avec les autres. Les marques de reconnaissances, le fait d’être apprécié, la différence que nous faisons par notre seule présence viennent renforcer la satisfaction de ce besoin. A contrario, le sentiment d’être transparent, inintéressant ou peu reconnu génère une peur d’être abandonné ou rejeté par le groupe.

Enfin, est lié à ce besoin d’inclusion notre propre perception de nous-mêmes au sein de notre environnement. Nous retrouvons ici la notion de centrage que j’ai abordé par le passé dans ce blog. Être centré signifie prendre conscience de soi dans l’instant de notre présence, dans le lieu où nous nous trouvons et focalisé sur l’action que nous menons.

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Le besoin de contrôle

Contrôle signifie ici le besoin d’exercer une certaine influence sur notre vie, nos relations, notre environnement. Pour cadrer un peu les choses, il n’est pas question de manipulation ou autre prise de pouvoir illégitime sur autrui. C’est plutôt l’impact que nous pouvons avoir sur telle ou telle décision à prendre, situation à gérer, équipe à manager, etc.

Là encore, il n’y a pas de bien ou de mal. Le but étant d’évaluer où nous nous situons en terme de leadership personnel, d’autonomie (professionnelle et personnelle), de notre capacité à répondre aux difficultés quotidiennes et dans le même temps de pouvoir réaliser nos vœux. Bref, de se sentir compétent dans notre propre vie.

Enfin, le besoin de contrôle s’évalue aussi sur notre capacité à maintenir un niveau de maîtrise de soi suffisant pour se sentir libre de ses choix et de ses réactions dans n’importe quel contexte.

Le besoin d’affection

Nous retrouvons ce besoin dans les relations intimes et affectives que nous établissons et entretenons avec nos semblables. Certains individus se sentent comblés quand leur niveau d’intimité avec les autres est élevé, par exemple quand ils peuvent se confier, partager leurs expériences très personnelles ou dévoiler une partie de leur jardin secret. D’autres en revanche préservent justement leur jardin secret en gardant une certaine distance dans leur relation. Bien entendu, cela dépend fortement du contexte et de l’environnement humain dans lesquels nous évoluons.

Ce besoin se mesure aussi à notre niveau de conscience de nous-mêmes. Cette conscience de soi est ce qui nous permet d’être le plus au clair possible avec nos différents fonctionnements, nos mécanismes de défenses, d’attaques ou de fuites. “Connais-toi toi même” disait Socrate. Augmenter son niveau de conscience de soi aide à faire des choix éclairés, à être et agir de façon ajustée et finalement à nous accepter tels que nous sommes.

Enfin, le besoin d’affection est intimement lié à notre capital sympathie. Nous sommes en effet attiré de préférence par des personnes avec lesquelles nous nous sentons en confiance et à qui nous pouvons potentiellement nous confier… et vice-versa.

Les besoins humains selon Eric Berne

Eric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle, s’est lui aussi interrogé sur nos besoins de base. Je ne sais pas s’il voulait faire dans l’originalité le sieur Berne, mais il a décidé de nommer “soif” les besoins qu’il a identifiés. Probablement en rapport avec l’un des besoins physiologiques fondamentaux qu’est celui de boire.

Il a donc déterminé trois “soif” dont nous ne pouvons nous passer sous peine de dysfonctionnements plus ou moins impactants dans notre vie quotidienne

1- La soif de structure

Se sentir structuré c’est avant tout se sentir à l’aise au sein d’un cadre rassurant qui, par la connaissance des limites inhérentes à ce cadre, nous permet de nous épanouir en sécurité. Les habitudes, la continuité dans chaque chose, la petite routine, les rythmes quotidiens, annuels ou carrément de vie, sont autant d’éléments qui viennent renforcer cette soif de structure. Elles sont souvent connotées négativement, mais sans cette stabilité nous serions soumis à un sentiment d’inquiétude voire d’angoisse permanente.

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Vous comprendrez ainsi pourquoi les changements que nous souhaitons ou subissons ne sont pas si faciles que ça à mettre en place et nous paraissent très souvent inconfortables (bien que les premiers soient certes plus aisés à conduire que les seconds).

Question: Quels sont les éléments qui structurent votre journée, votre semaine, votre mois, votre année et… allez soyons fous, votre vie?

2- La soif de stimulation

Placez quelqu’un dans une pièce insonorisée, dans le noir complet et sans aucune autre stimulation des sens et vous le rendrez fou en quelques jours. Un autre exemple est donné par Berne en citant les travaux de René Arpad Spitz. Ce psychiatre américain a montré les carences psycho-affectives irreversibles que peut subir un nourrisson coupé de toute stimulation pendant un laps de temps plus ou moins long.

Qu’elle soit physique, sensorielle, relationnelle ou intellectuelle, la stimulation de l’être humain est indispensable à son développement et au maintient de son équilibre psychologique.

Questions: Qu’est ce qui vous stimule au quotidien? De quoi avez-vous besoin pour attiser le feu de la vie qui est en vous? (séquence poésie 🙂 )

3- La soif de reconnaissance

Ce besoin mériterait un article à lui tout seul. Intimement lié à la soif de stimulation dont il est la déclinaison naturelle, le besoin de reconnaissance est comblé quand des marques de reconnaissance sont données et reçues. Berne les appelle des Strokes qui en français signifient “caresses”… ou “coups”! En effet, qu’ils soient positifs ou négatifs, les strokes véhiculent le message de la reconnaissance de l’existence de l’autre. Nous sommes bien d’accord qu’il est préférable d’échanger des strokes positifs que négatifs. Et en même temps, l’indifférence qui s’apparente à une absence de reconnaissance, est bien pire que des strokes négatifs.

Prenez l’exemple d’un enfant. Si son besoin de reconnaissance n’est pas satisfait de façon positive, il cherchera par tous les moyens à vous faire sortir de vos gonds en multipliant les bêtises. L’engueulade qui suivra sera pour lui une forme de reconnaissance.

Questions: Quels sont les signes de reconnaissance que vous donnez (ou que vous recevez) à (de) votre entourage? Sont-ils plutôt positifs ou plutôt négatifs?

Voilà pour ce tour d’horizon des besoins vus par deux grandes figures de la psychologie moderne. La semaine prochaine, je bouclerai ce dossier par ce qui me semble être la base d’un développement psycho-affectif équilibré et épanouissant, les besoins des enfants.

A la semaine prochaine.

Sources:
L’élément Humain. Comprendre le lien estime de soi, confiance et performance” Will Shutz [Broché]
“Que dites-vous après avoir dit Bonjour?” Dr Eric Berne [Broché]

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