Améliorer ses relations aux autres… et à soi

2015

Être trop gentil. Désolé, ça n’existe pas !

être trop gentilBillet du jour en réaction à un article que j’ai lu hier sur le web. Le sujet traitait du lien entre la dépression et le fait d’être trop gentil. Je ne suis pas convaincu de la simplicité apparente de ce lien et du raccourci implicite qu’il évoque. J’aimerais quand même apporter un point de vue différent sur le sujet, notamment concernant ce qui peut se cacher derrière le trop dans “être trop gentil”.

En premier lieu, je voudrais juste rappeler que la dépression est une maladie bien complexe dont les causes et les facteurs favorisants sont aussi divers et variés que les couleurs des bonbons dans un paquet de M&M’s . La réduire à un seul facteur, qui plus est faisant partie des forces et vertus de l’être humain, me semble un tantinet audacieux pour ne pas dire tendancieux.

Mais là n’est pas le sujet. D’ailleurs il existe déjà un billet sur ce blog concernant la dépression : “Dépression, stop aux amalgames et raccourcis”. Je vous invite à y jeter un oeil pour en savoir plus.

Intéressons-nous plutôt ici à la gentillesse et plus précisément à l’hypothèse d’être trop gentil.

Être trop gentil : le comparatif non référencé

À mon sens, une comparaison n’est possible et valable que s’il y a deux choses (ou plus) à comparer. Pourtant, dans notre langage courant et plus précisément dans les comparaisons, il n’est pas rare de formuler des phrases où manque la partie la plus importante : celle qui ferait référence à la comparaison que l’on exprime.

Exemples :

  • Je ne suis pas à la hauteur
  • Elle ne travaille pas assez
  • Je veux plus d’amour
  • Ça va moins bien
  • C’est mieux de faire ça
  • Tu es trop gentil… 😉

Dans toutes ces propositions, il nous manque en effet une information essentielle pour pouvoir comprendre le sens de ce qui est dit. Sans cette donnée capitale, la communication peut s’arrêter tout net; un peu comme si vous déposiez un gros paquet à la porte de quelqu’un et que vous partiez en courant. Bon OK, ça peut lui faire une surprise, mais ça coupe un peu le plaisir des échanges qui suivent l’ouverture du paquet, non ?

Ainsi, pour maintenir le lien et pratiquer à minima une écoute active, l’idée est alors précisément de questionner le comparatif omis par la personne. Pour ça, rien de plus simple, il suffit de lui demander par rapport à qui, à quoi ou à quand elle émet cette proposition. Elle ira alors chercher cette référence comparative et, si elle ne la trouve pas, elle prendra alors conscience que sa proposition n’a pas vraiment de sens.

Donc, pour revenir à notre sujet du jour, je pose la question :

Être trop gentil; OK, mais trop par rapport à quoi, à qui ? Y a-t-il une norme pour la gentillesse ? S’il y a des “trop gentils”, il y aurait donc des “juste gentils” ou des “pas assez gentils” ?

Je vous imagine sourire… et c’est bon signe. Vous venez de vous rendre compte du non-sens de cette proposition.

Tournons-nous maintenant vers ce qui se cache derrière le trop dans “être trop gentil”.

Dans être trop gentil, il y a surtout “trop”

Et c’est de ce côté que les choses sont intéressantes à regarder. Pour ça, je vais m’aider d’une notion que nous propose l’analyse transactionnelle, les drivers.

Pour faire simple, les drivers sont des messages contraignants issus de notre enfance pouvant nuire à notre fonctionnement quotidien une fois adulte. Ce sont ces petites voix internes plus ou moins conscientes qui nous rappellent non sans autorité parfois, les comportements ou attitudes que nous “devons” adopter vis-à-vis de soi, des autres ou du monde.

Rien à voir avec la schizophrénie, hein, rassurez-vous 🙂

Les drivers sont au nombre de 5 :

  • Sois fort
  • Dépêche-toi
  • Fais plaisir
  • Sois parfait
  • Fais des efforts

À noter que tous ces drivers peuvent aussi être des ressources quand ils sont écoutés sous un angle plus positif. Je vous donnerai un exemple plus tard avec le sujet qui nous concerne aujourd’hui.

(Pour plus d’infos sur les messages contraignants, je vous invite à lire cet article très bien écrit par une consœur : prenez les commandes de votre vie )

Alors chers lecteurs, à la lecture de ces cinq drivers, avez-vous trouvé celui qui se cache derrière le “trop” dans “être trop gentil” ?

C’est en effet le driver “Fais plaisir” qui conduit une personne à adopter ce comportement d’être trop gentil. Et j’aime à le rappeler, ce n’est qu’un comportement et il ne vous caractérise en rien. Vous ÊTES bien plus que vos comportements.

Ainsi, le message généré par ce driver pourrait se formuler comme ceci :

Il est important d’être gentil avec tout le monde et d’accepter les demandes d’autrui. Il faut éviter les heurts et les conflits avec les autres.

Le truc, c’est que ce message vous envoie en même temps une information illusoire, une belle poudre aux yeux, digne des plus grandes supercheries psychologiques, du genre :

Tu vas pouvoir faire plaisir à tout le monde et être aimé de tous.

Du coup, les principaux comportements non adaptés qui en découlent peuvent être de cet ordre :

  • Éprouver des difficultés à dire non
  • Faire passer ses propres besoins au second plan
  • Éviter les conflits
  • Parfois envahir l’autre en voulant l’aider “à tout prix”
  • Ignorer comment formuler des demandes pour soi-même
  • Avoir peur de décevoir
  • etc.

Attention, ne jetons pas non plus le bébé avec l’eau du bain (cette expression est horrible, mais je l’adore 🙂 ). Comme je le disais plus haut, ce driver, quand il est suivi sous un angle plus positif, génère aussi des ressources et des qualités humaines intéressantes comme l’empathie, la flexibilité psychologique, l’altruisme ou encore l’adaptabilité à un nouvel environnement.

C’est qui le patron ?

Pour enfin reprendre ce driver à votre compte et ne plus vous laisser guider aveuglément vers des comportements que vous regretterez tôt ou tard (comme celui d’être trop gentil), il existe une sorte de patch correctif à ce driver; il se nomme

Pense aussi à toi

Penser à soi c’est avoir la capacité de connaître ses besoins et de se donner les moyens d’y répondre. Ce n’est en aucun cas de l’égoïsme, car s’il est important de considérer les demandes des autres, il est également important de reconnaître son propre désir d’y répondre … ou pas.
De plus, et c’est un peu la cerise, en pensant à vous et à vos besoins, vous donnerez une image de quelqu’un qui se respecte et qui, du coup, sera respecté. La boucle est bouclée et les “dons” que vous ferez à l’avenir auront une teinte bien plus authentique.

Comment faire pour penser à soi, allez-vous peut-être me demander ?

Une première piste vous est proposée dans ce billet : “comment aider véritablement quelqu’un ?

Pour le reste,

Si vous avez ce sentiment d’être trop gentil, que certains en profitent et souhaitez reprendre le contrôle de votre driver “Fais plaisir”, je peux vous accompagner sur ce sujet. Pour commencer, contactez-moi via la page contact. Réponse sous 24 heures.

Source : “De l’analyse transactionnelle à l’action transactionnelle” Claudine Catry

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14 Comments to “Être trop gentil. Désolé, ça n’existe pas !”

  1. Merci pour les éclaircissements sur « être trop gentil », car je ne voyais pas trop le rapport entre la dépression et la gentillesse tant est qu’il y en ait un.
    La gentillesse qu’est-ce que c’est ? Je dois dire que je n’ai pas trouvé de réponse à cette question, car elle est sujette à tellement de paramètres, que je ne suis pas sûr que l’on puisse facilement l’identifier.
    C’est peut-être aussi pour cette raison que certaine personne utilise le terme « trop gentil » comme un terme passe partout parce qu’ils ne savent pas trop quoi dire d’autre.
    Roland

    • Merci pour ton commentaire Roland.
      La psychologie positive considère que la gentillesse fait partie des forces et des vertus de l’être humain. Elle est une sorte de contenant dans lequel nous pouvons mettre des qualités humaines comme l’empathie, l’altruisme, la bienveillance ou la générosité.

      Christophe André nous dit dans “Et n’oublie pas d’être heureux” que c’est un don de douceur et d’attention fait à autrui.

      J’aime assez… 🙂

      Je te rejoins enfin sur l’hypothèse que certaines personnes utilisent le terme “être trop gentil” car ils ne savent pas trop ce qu’il y a derrière.

      A bientôt

  2. Mon petit “grain de sel”…. 🙂
    On peut aussi dire ”être gentil plus que nécessaire’ parce que c’est dans notre nature, non ?
    Parce que nous attendons, en général des autres qu’ils se comportent ainsi avec nous.
    Quand on adopte le ‘trop gentil’ dans une conversation n’est ce pas pour faire une comparaison avec quelqu’un qui nous a déçu, trompé ou leurré ?
    Pour ce qui est de l’article et du lien fait entre la gentillesse à l’excès et la dépression, peut être que l’auteur veut attirer notre attention sur le fait que les efforts volontairement consentis pour être gentil avec autrui l’ont amené à une déception, désillusion, déconvenue et que ceci peut, pourrait ou a pu le conduire à un état dépressif. Simple supposition de ma part car n’ayant pas l’habitude de lire l’auteur de cette publication, il est difficile de savoir ce qu’il a voulu exprimer et de se forger une opinion. 🙂
    MO-RA-LI-TE (enfin ce que j’en retire, retiens… après lecture) 😉
    Ne soyons plus ‘gentils’ mais tels que nous sommes.
    Osons dire ‘non’ ou ‘quand je le voudrais’ ou ‘pas question’ ou ‘je ne suis pas intéressé’ ou bien exprimons notre différence de penser. Et, si l’autre est gêné, peu importe. C’est lui qui sera frustré, pas nous ! Nous aurons la force de notre conviction.
    Est-ce ainsi qu’on ‘devient’ heureux ?
    Ne pourrait-on pas qualifier ceci d’indifférence envers son prochain ?
    Un numéro d’équilibriste que de rester dans la vérité, sans se masquer la face tout en voulant ne blesser personne !

  3. Salut Chris, eh oui, de temps en temps je lis tes posts …
    Alors en effet, depuis que je pense un peu plus à moi avant de penser aux autres, certains me reprochent de “ne plus être aussi gentil qu’avant” … “plus aussi investi dans mes diverses et multiples fonctions” … pourtant je n’arrête pas !!! Mais différemment !!!
    Quant à moi … je suis (je me sens) “plus” heureux “comme ça” !!! Alors est-ce que être “trop” gentil peut mener à la dépression ? Pas sûr en effet … il y a beaucoup plus de facteurs, éducatifs, psychologiques, physiologiques, biologiques, voire génétiques ou héréditaires … sans parler des susprises que nous réserve la vie en chemin et qui vont servir de réactif et de catalyseur à tout ce bagage …
    En revanche, sans être égoiste, pensez un peu plus à soi avant de se donner “trop” aux autres peut participer à mener au bonheur !!! En tous cas au sien 😉
    Merci Chris pour tes petits mots réguliers … continue !!!
    Tu nous manque un peu sur le terrain des IDEL … tu étais “trop” bien … LOL

    • Quel plaisir de te lire mon cher David 🙂

      Merci pour ton partage. Les infirmières sont en effet plus susceptibles que la moyenne de se laisser guider par le driver “Fais plaisir”, et ne prennent pas toujours en compte leurs propres besoins.

      Un comble après avoir étudié les 14 besoins de Virginia Henderson 😀

      A bientôt

  4. Exactement ! Faire des choses dont nous n avons pas vraiment envie. Dire oui alors qu on veut dire non. Se sacrifier pour le bien-etre de l autre pour au final s oublier soi-meme. Tous ces flux negatifs envoyés a notre être ne peuvent que déclencher pensées negatives, fatigue emotionnelle, une phase de depression est en marche tout cela car on ne s occupe plus du tout de sa propre personne.
    Ce n est pas etre trop gentil, c est etre vulnerable, imprudent, peut etre la consequence d une peur de l abondon ?

  5. Voilà un sujet inspirant 🙂 et voici ma contribution : http://bienetrologie.fr/du-bon-usage-de-la-gentillesse-7/
    Je cite mon père qui disait que “bon ne s’écrit pas avec un C” !

  6. Entièrement d’accord avec cet article. Nous vivons dans un monde pas toujours facile et si la gentillesse est une qualité d’être, elle est souvent assimilée à de la naïveté voire un oubli de soi. Comme je l’écris dans mon livre, il faut être fort pour être gentil. Fort veut dire, présent à soi. C’est la condition de base pour une gentillesse vraie, où je respecte l’autre tout en me respectant. Je parle volontiers de gentillesse ou bienveillance martiale car il faut à la fois éviter de s’oublier (le fameux trop gentil) et rester stable et déterminé dans son intention de rester bienveillant lorsque les circonstances sont difficiles et que nous sommes tentés de dire “avec lui, ce n’est pas possible”, “il m’a poussé à être sans pitité”,..
    À lire: AikiCom, Ne cessez pas d’être gentils soyez forts

    • Merci Christian pour ce retour.
      Il y a en effet de beaux parallèles à faire entre les arts martiaux et le coaching
      A bientôt

  7. Bonjour Christophe,
    Aujourd’hui j’@i été moi-même. J’ai démissionné sans fioriture, sans explications superflues.
    J’ai traité mon employeur comme il m’a traitée… dans la froideur et le respect des règles et avec un certain manque d’humanité aussi.
    C’est normal, c’est mon anniversaire et je voulais que tous les deux nous ayons un cadeau ! 😉

  8. Christophe, je suis d’accord avec toi et le décodage de ce qui se cache derrière le terme “trop gentil” est important pour comprendre cette fausse corrélation entre “trop gentil” et dépression. Une autre corrélation faite et pour laquelle je n’ai pas encore trouvé une réponse fiable est “est-ce qu’un bon patron peut-être gentil ?” Et dans ce cas la réponse donnée est bien souvent “non” si au terme “gentil” on associe le terme “faible”. Vaste sujet.

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