“Un individu est un individu à cause des autres individus. Autrement dit, mon humanité est inextricablement liée à ce qu’est la vôtre.” Nelson Mandela (1)

Le sujet de l’autre est souvent houleux et celui de s’affranchir de l’autre l’est peut-être encore plus. Nous avons besoin des autres et pourtant, ils nous enchaînent, nous entraînent parfois avec eux, sans même que nous le sachions. Le monde entier nous soulève et pourtant, nous avons l’illusion que sans lui tout serait possible. Mais qui se cache derrière l’autre ? Et pourquoi s’en affranchir est-il si complexe ?

Notre relation à l’autre

L’humain est étonnant. Il intrigue et fascine. Son corps, sa pensée, ses actions sont étudiés sous tous les angles depuis des centaines d’années, par la science comme par les hommes de lettres.

Tout Homme a la particularité universelle d’être unique. Son ADN le différencie d’autrui, au même titre que sa construction globale. Son psychisme, son physique, son cortex ou encore sa voix le distinguent des autres : il est singulier, et il n’existe aucune copie. 

Et pourtant, l’Homme gravite autour de normes prédéfinies. Il ne choisit pas sa culture, sa nation, sa famille, sa couleur de cheveux ou sa langue maternelle. Il dispose d’un système autour duquel il peut graviter pour exprimer ses désirs propres et ainsi s’exprimer en tant que sujet. 

C’est ainsi qu’il se distingue, et pose une limite entre soi et les autres. Car depuis sa naissance, l’homme est rattaché à l’autre par de nombreux liens invisibles mais bien réels. Les affects, les souvenirs, les habitudes, la domination, l’autorité (parentale, professionnelle) et la société en général (la culture, les visages, les normes, les lois), par exemple. 

Paradoxalement, l’homme évolue toujours par rapport à l’autre, aussi marginal soit-il. L’autre influence les opinions, la pensée, les comportements. Même l’individu le plus autonome se trouve sur le spectre opposé de la norme. S’affranchir de l’autre n’est donc pas une mince affaire.

Exemple 1 : Quelqu’un décidant de vivre reclu dans une forêt, le fait par rapport à une norme (celle de vivre en société) et cultive son potager selon ce qu’il a appris des enseignements ancestraux (la culture et des générations).

Exemple 2 : Ne pas souhaiter se marier c’est prendre une décision par rapport à la norme familiale qui pousse peut-être pourtant à célébrer cette union. Aller à l’encontre de ces pressions est difficile, car elles viennent de ceux qui vous ont donné la vie. Les affects entrent en jeu, peut-être aussi parfois la domination. 

L’homme appartiendra toujours à la norme, par décision de s’éloigner ou de se confondre dans le noyau, contenant lui-même une multitude de noyaux. 

La vie n’est en réalité qu’un carnaval de cercles interconnectés dans lesquels les informations s’échangent, se croisent et s’entrecroisent. C’est à tout Homme, en fonction de son histoire, de sa pensée, de sa culture, d’évoluer dans ces cercles. 

L’homme n’est jamais seul, il appartient toujours “à”, dans la négation, l’opposition, l’approbation ou la soumission. 

Appartenir, c’est être

En venant au monde, vous êtes devenu le produit de ce qui vous entoure.

En grandissant, vous avez choisi ou non un chemin divergent. 

Il est donc évident d’affirmer que s’affranchir de l’autre est pour le moins complexe. Le poids générationnel, le poids sociétal, les ancrages psychologiques ou encore les schémas mentaux en sont notamment en cause. 

Grandir, définir vos choix de vie, prendre vos propres décisions conscientes et apaiser la petite voix qui vous titille peut-être parfois. Les années de conditionnement, les expériences multiples et même les sentiments décuplés vous ont façonné, souvent inconsciemment.

S’affranchir de l’autre, qu’il soit une personne ou un groupe, est de plus complexe dans la mesure où l’Homme a un besoin viscéral d’appartenance. C’est un besoin rassurant, un besoin primaire de sécurité et de définition de soi, synonyme d’équilibre.

Ce sur quoi vous avez cependant la main, c’est votre perception, le filtre de votre réalité, et votre destin. Votre pouvoir de décision est immense. 

En mettant la main sur ce que vous êtes et ce qui vous conditionne, vous pouvez vous affranchir de vos conditionnements, positifs comme négatifs, et par conséquent des autres.

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C’est en ça que se cache toute la clé de la sérénité : vivre en pleine conscience de ses choix, de ses propres valeurs, de ses désirs et de ses droits, sans dictature interne ni latérale.

Comment trouver l’équilibre et s’affranchir de l’autre? 

Prendre du recul

Prendre conscience de sa place dans le monde, de la place de l’autre, ainsi que de sa place par rapport à l’autre est essentiel. Cette prise de recul permet de s’alléger, et de faire de la place pour sa construction. 

Accepter les faits

S’affranchir totalement de l’autre est impossible. L’autre pèsera toujours. Mais l’accepter, c’est vous permettre de vous définir en connaissance de cause, libre et équilibré, au plus près de vous-mêmes et d’apprendre à vous connaître en profondeur. 

En effet, paradoxalement, plus vous existez par vous-même, plus vous vous affranchissez des autres. 

Accepter son individualité 

C’est un point essentiel afin de s’affranchir de l’autre et se développer. L’individualité est ce qui nous distingue, et fait de nous ce vers quoi nous tendons : l’équilibre et la sérénité. 

Apprendre à se connaître

Il est essentiel d’apprendre à se connaître afin de s’affranchir de l’autre, de manière équilibrée. Il s’agit de connaître ses valeurs, ses ambitions, son pouvoir, mais aussi de connaître ses failles et ses limites. 

Être aligné avec soi, c’est ne plus dépendre des autres, mais de soi. 

Apprivoiser ses émotions

Les émotions sont parfois des chaînes déséquilibrées entre vous et les autres (dans vos souvenirs, dans vos rapports..). C’est ce qui vous alourdit et complexifie votre rapport au monde. S’en affranchir, passe alors par apprivoiser ses émotions, qui ne sont en réalité que des flux neuronaux émis par votre cortex. Vous avez donc, la main dessus. 

Dépasser ses croyances limitantes

Les croyances des autres ont souvent un impact immense sur vous, car elles sont répétées au quotidien. Ce sont les règles qui régissent un cercle et sa stabilité, mais qui, parallèlement, le rendent pauvre en stimulis et en capacité de réalisation. 

Afin d’évoluer, il est essentiel de briser cette stabilité illusoire, afin de créer votre propre voie.  

Sortir de sa zone de confort

En sortant de votre zone de confort, vous repoussez les limites imposées par votre cercle habituel afin d’en élargir les frontières. Vous découvrez alors un nouveau monde des possibles, vivez de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres. Ainsi, vous élargissez votre personne et vous vous affranchissez de l’autre. Votre réalisation est un aimant. 

Faire la part des choses

Ainsi, s’affranchir de l’autre est complexe, pour de nombreuses raisons. Mais en développant ce lien à vous, et en modifiant votre perception à ce sujet, c’est votre lien à la liberté que vous développerez.

Plutôt que de vous couper de ce qui vous entrave, vous créerez des relations en chaîne. Vous saurez rapidement ce qui vous freine, ce qui est le produit d’un conditionnement ou d’une peur. Vous pourrez ainsi entreprendre un travail thérapeutique auprès d’un professionnel, afin de vous connecter à vous même de la manière la plus totale. 

Le petit plus pour s’affranchir de l’autre, un exercice quotidien

En parallèle d’une thérapie ou d’un coaching, ou même en amont afin de faire le point, voici un petit exercice qui vous sera utile. 

Chaque matin, regardez-vous fixement dans les yeux dans un miroir. 

Le regard est le miroir de l’âme et de l’esprit. Fixez vous 2 minutes, et ressentez l’alignement ou le déséquilibre avec vous-mêmes. 

Si vous ressentez un certain mal-être, ou une gêne, mettez le doigt sur ce qui vous pèse et qui ne vous appartient pas. C’est sur cela, qu’il faudra passer à l’action. Exemple : votre emploi, la relation avec votre mère, votre coupe de cheveux, une phrase que vous auriez prononcé la veille..

Enfin, rappelez-vous, que plus vous vous rapprochez de ce qui vous pèse, plus la résistance est forte..mais que c’est uniquement vous, qui pouvez décider ou non, de couper ce lien aliénant et ainsi vous affranchir de l’autre.

(1)  Nelson Mandela (1996). Un long chemin vers la liberté. 767 pages. Éditions Le livre de poche