Dans l’article précédent sur les 6 niveaux d’intention dans la relation à l’autre, nous avions vu que la qualité de la relation établie avec un interlocuteur dépend fortement de la qualité de l’intention qui est mise dans cette relation. Il y a en effet une nette différence de qualité relationnelle suivant si vous avez l’intention de “manipuler“, “influencer” ou “accompagner ” votre interlocuteur. Aujourd’hui nous allons voir 3 autres niveaux; “aider“, “soigner” et “sauver“. Là encore, les conséquences en terme de qualité relationnelle seront radicalement différentes.

Aider

La notion d’aide apportée à autrui semble d’une évidence rare tellement elle est répandue. Qui n’a jamais aidé quelqu’un qui en avait besoin ou a lui-même été aidé quand c’était nécessaire ?

Pour autant, l’aide dans la relation empathique peut cacher quelques petits pièges relationnels dont les conséquences peuvent être désagréables pour tout le monde. Si votre intention est d’aider l’autre, voici quatre questions à vous poser avant de proposer votre aide ou de répondre à une sollicitation de l’autre.

Ai-je réellement envie d’aider cette personne ?

C’est bête, mais combien de fois pense-t-on “NON” alors que c’est un “OUI” qui sort de la bouche (et avec le sourire en plus)

Ai-je la compétence pour le faire ?

Coucou effet Dunning-Kruger qui dit qu’une personne qui ne reconnaît pas sa propre incompétence a tendance à se surestimer.

Cette personne m’a-t-elle clairement demandé de l’aider ?

Qui n’a jamais entendu en substance : “Tu sais, j’ai telle et telle difficulté en ce moment. Je ne sais plus quoi faire avec ça. Et il y a tellement de choses qui me tombent dessus en ce moment. C’est toujours pareil de toutes façons. Si seulement j’avais ceci ou celà. Bla, bla, bla“. Où est la demande dans cette phrase ???

Vais-je effectuer moins de 50% de la tâche demandée ?

Sinon ce n’est plus de l’aide, c’est de la prise en charge. Et dans prise en charge il y a… charge.

Si vous avez répondu “OUI” à ces quatre questions, alors vous pouvez considérer que votre intention était ajustée par rapport à l’aide que vous apportez à l’autre. Si en revanche, vous avez répondu “NON” à au moins l’une de ces questions, alors vous courrez le risque d’entrer dans un autre type d’intention, dont celle de sauver, que nous verrons plus loin.

Si vous voulez plus de détails sur cette notion d’aide, je vous invite à lire l’article “Comment aider véritablement quelqu’un ?

Soigner

Quand l’intention relationnelle se place dans le cadre du soin, elle se situe dans un espace où la réparation, la guérison sont à l’honneur. Il s’agit alors d’apporter un traitement adapté à un mal, en vue de le guérir. La personne soignée présente un ou plusieurs dysfonctionnements d’ordre physique et/ou psychologique nécessitant une prise en charge thérapeutique, c’est à dire dont l’objectif est de traiter le dysfonctionnement en question.

Toujours dans ce même contexte de soin, il est aussi courant de constater que la personne soignée a perdu un ou plusieurs degrés dans son autonomie, c’est à dire dans sa capacité à satisfaire par lui-même un ou plusieurs de ses besoins fondamentaux. Par exemple, quelqu’un qui se casse une jambe verra son besoin de se mouvoir considérablement altéré; jusqu’à ce qu’il retrouve une autonomie partielle ou totale, il aura besoin de soins orthopédiques. Un autre se retrouvant confronté à un syndrome dépressif verra un dysfonctionnement important dans l’efficacité de ses stratégies d’adaptation. De la même manière que précédemment, le temps qu’il recouvre une certaine autonomie dans son fonctionnement, il aura besoin de soins psychothérapeutiques.

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La relation empathique dans le cadre du soin servira essentiellement à créer une alliance thérapeutique entre la personne soignante et la personne soignée. C’est ce qui est plus couramment appelé la relation soignant/soigné. Si l’intention se situe donc au niveau du soin, la personne soignée en tirera d’importants bénéfices :

  • Être accueilli dans sa souffrance
  • Pouvoir se sentir sécurisé
  • Faciliter la coopération dans les soins
  • Avoir une meilleure réponse aux différents traitements proposés
  • Accepter plus facilement certains soins peu confortables voire douloureux
  • Partager plus facilement ses préoccupations liées aux soins
  • Être plus acteur que spectateur de sa prise en charge thérapeutique

Soigner est un acte; il peut être effectué de multiples manières et celle consistant à y joindre la relation empathique fera passer le soin, d’un savoir-faire à un savoir-être. Du point de vue des personnes soignées, c’est précisément dans cette bascule que se fabrique leur perception de la qualité du soin et donc du soignant qui va avec.

Sauver

Dernière position sur l’axe de l’intention relationnelle, le sauvetage de l’autre fait partie de ces postures relationnelles qui tôt ou tard se transforment en véritable cauchemar.

En vous positionnant en Sauveur de votre interlocuteur, vous le placez simultanément en posture de Victime. La position de Sauveur a été décrite par Steven Karpman, à l’origine du triangle dramatique portant son nom. Le côté dramatique ici n’a rien à voir avec une quelconque gravité, mais avec un sens de la dramaturgie. Il s’agit donc plutôt d’un rôle relationnel qui sous-tend un désir (la plupart du temps inconscient), de se substituer à l’autonomie de l’autre pour répondre à des besoins jugés abusivement par le sauveur comme non-satisfaits.

Souvent, cette intention est confondue avec celle d’aider que vous avez vue au début de ce billet.. Pour autant, la différence en matière de qualité relationnelle est de taille. En effet, adopter la posture de Sauveur revient à nier l’autonomie de l’autre. D’ailleurs, l’une des principales croyances des sauveurs est précisément celle-ci :

“Je sais ce qui est bon pour toi et dont tu n’as même pas conscience”.

L’une des conséquences (malheureuses) de cette posture relationnelle est que tôt ou tard, l’autre se sente soit étouffé dans son fonctionnement, soit encore plus démuni (car dépourvu de ses propres ressources) face à d’éventuelles difficultés qu’il rencontre. Les comportements en réaction ne tarderont pas à faire leur apparition en prenant différentes formes allant de la simple remise en place cordiale à la plus violente des disputes. Dans tous les cas, le mal-être sera de la partie. D’autant plus qu’à ce moment précis, il y a fort à parier que les acteurs changent de rôle. La Victime, excédée par l’intention de son Sauveur, entrera avec pertes et fracas dans le rôle de Persécuteur en plaçant automatiquement le désormais ex-Sauveur en position de Victime. Le point de bascule est dépassé, les jeux sont faits, rien de va plus.

En résumé

Nous voilà au terme de ce duo d’articles sur les 6 niveaux d’intention dans la relation à l’autre. Pour les résumer, les voici avec le schéma que je vous proposais dans le précédent billet.


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Quand on partage un bien immatériel, on le multiplie. (Idriss Aberkane – Libérez votre cerveau)

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