Vous êtes-vous déjà demandé quelle était votre intention quand vous entrez en relation avec quelqu’un ? Et d’autant plus si vous êtes vous-mêmes un professionnel de l’accompagnement ? Quand peut-on parler de relation empathique ?  Qualité de l’intention et qualité de la relation sont étroitement liées. Il existe plusieurs niveaux d’intentions et en fonction de là où vous vous situez, les conséquences relationnelles seront radicalement différentes. Je vous propose dans cet article et le suivant d’explorer les six niveaux d’intentions possibles dans une relation.

En tant que coach et infirmier en psy, mon principal outil de travail est précisément la relation. C’est sur la base de la qualité relationnelle avec mes clients et patients que s’édifie tout le processus d’accompagnement. Que ce soit en atelier de groupe ou en séance individuel, je fais très attention à conserver une intention “la plus ajustée” possible pour rester dans mon rôle d’accompagnant. 

Dans le champs relationnel, une intention est une sorte de désir que vous projetez au travers de la relation à l’autre. Si on raisonne en “noir ou blanc”, nous pouvons réduire cette intention à deux options : saine ou malsaine. Seulement voilà, les choses ne sont pas aussi tranchées que peut l’être un pain complet. Il existe un panel d’intentions suivant le cadre dans lequel s’exerce la relation à l’autre.

Je vous propose cet axe de lecture (figure ci-dessous) illustrant cette pluralité d’intentions. Aux extrémités se tiennent deux types d’intentions aussi toxiques l’une que l’autre, que ce soit pour votre interlocuteur, pour vous et surtout pour la qualité de votre relation. Ainsi, pour obtenir un équilibre dans la juste posture relationnelle et être au plus près de la relation empathique, la tendance serait donc de s’approcher le plus possible du centre de la ligne, dans un espace où l’aide et l’accompagnement sont à l’honneur.

intention relationnelle

Explorons plus en avant les différents repères de cette ligne.

Manipuler

La manipulation est un procédé visant à obtenir quelque chose de quelqu’un sans son consentement grâce à des techniques de persuasion et/ou… d’influence. Cela va peut-être vous surprendre, mais les grands manipulateurs sont des experts relationnels. En effet, ils excellent pour lire les émotions de leurs victimes et comprendre leurs fonctionnements. Ils peuvent ainsi se servir de cette analyse pour répondre partiellement à un besoin et attirer leur proie dans leur filet. Les exemples sont légions chez les gourous sectaires, les fameux “pervers narcissiques” ou certains meurtriers en série.

En revanche, ces mêmes personnes sont incapables de ressentir ce que ressent l’autre et encore moins se mettre à leur place pour les comprendre; ce qui explique leur absence de remord ou de culpabilité quand leurs victimes souffrent ou viennent à mourir. On peut donc dire sans trop se tromper que l’empathie ne fait pas vraiment partie de leur qualité première.

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Influencer

L’influence est le degré juste au-dessous de la manipulation. Si l’objectif de la manipulation est bien d’obtenir quelque chose de quelqu’un sans son consentement, l’objectif de l’influence est d’exercer un effet sur quelque chose ou quelqu’un. La frontière est mince, je vous l’accorde. Pour autant, l’influence a ceci de nuancée qu’elle peut être bénéfique ou toxique suivant le cadre dans lequel elle est exercée. En y regardant de plus près nous pouvons nous apercevoir que nous vivons tous sous influence, à différents degrés et à différents moments.

Nous pouvons par exemple être :

  • Influencés par notre environnement (combien de personnes ont une humeur changeante selon le temps qu’il fait)
  • Influencés par nos relations (il est souvent plus facile d’aller (ou pas) voir un film au cinéma selon que l’une de nos relations nous en ait fourni une critique positive ou négative)
  • Influencés par les médias (à votre avis, quel est l’objectif des publicités diffusées par les chaînes de télévision, si ce n’est celui d’influencer nos comportements de consommateurs ?)
  • Influencés par nos propres croyances (Henri Ford disait : “Pensez que vous pouvez ou pensez que vous ne pouvez pas, dans les deux cas vous avez raison”)
  • Influencés par notre éducation (combien de fois nos parents nous ont dicté des règles de savoir-vivre que nous appliquons aujourd’hui encore ?)
  • Influencés par notre culture (les us et coutumes pour dire bonjour varient considérablement d’une culture à l’autre)

Vouloir entrer dans une relation empathique avec l’intention d’influencer l’autre, vous fera adopter une posture non-ajustée pour la relation. Même si l’intention est noble au départ, la relation empathique sera défaillante tôt ou tard; et je ne vous parle même pas si l’intention est malveillante… Soit votre interlocuteur s’apercevra que vous essayez de l’influencer et risque de fermer tout accès à ses émotions et ressentis, soit il subit votre influence et ses émotions initiales seront polluées par ce déséquilibre relationnel.

Accompagner

Quand l’intention à l’origine de la relation est celle d’accompagner l’autre, alors nous sommes au plus près de la relation empathique. Accompagner c’est cheminer dans le monde de l’autre, être à ses côtés et lui permettre d’explorer des chemins où il ne s’est pas encore aventuré. Ce n’est que grâce à l’empathie dont vous faites preuve et à la confiance qui s’est établie entre vous qu’il trouvera les ressources pour s’aventurer sur ces nouveaux chemins.

Petit délire métaphorique :

En chemin à ses côtés, c’est l’autre qui vous fait découvrir son environnement, les endroits qu’il a déjà explorés et où il se trouve parfois en difficulté. Dans la juste posture d’accompagnement, vous ne portez pas l’autre sur votre dos, vous évitez d’aller au devant de lui sur son chemin, vous restez respectueux de ses besoins et désirs de vous emmener à tel ou tel endroit. S’il a envie de faire une pause parce que le rythme est trop intense, vous faites une pause avec lui pour lui permettre de reprendre son souffle; si au contraire son énergie le conduit à accélérer la cadence, vous le suivez avec enthousiasme et encouragement. Dans l’accompagnement, l’autre est autonome c’est à dire qu’il possède la faculté d’agir par lui-même en se donnant ses propres règles de conduite, sa propre loi. Eric Berne, le fondateur de l’analyse transactionnelle définit l’autonomie comme

la faculté à parcourir la vie en faisant des choix clairs et en les assumant, à avoir conscience de ses propres besoins et à savoir les satisfaire

Dans l’accompagnement, votre rôle sera aussi d’éclairer les zones de dangers potentiels que l’autre n’aurait pas vu. Un peu comme si vous marchiez avec lui sur son chemin, qu’il regardait le paysage ou se perdait dans ses pensées et qu’un trou ou une racine venait à apparaître devant lui. Votre mise en garde ne servira qu’à porter son attention sur le danger potentiel afin de le contourner ou l’enjamber. Il ne serait pas pertinent de vous précipiter en avant pour lui déblayer le terrain. Cela lui ôterait toute autonomie, prise d’initiative et mobilisation de ressources lui permettant d’avancer en dépit des obstacles.

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C’est dans l’accompagnement que votre empathie prendra tout son sens… et vice-versa. En effet, de par ses caractéristiques propres (ressenti de l’émotion de l’autre – distinction soi/autrui – régulation des émotions), vous adopterez l’attitude la plus adaptée pour être dans l’accompagnement. C’est la posture habituellement adoptée par les professionnels de l’accompagnement (coachs, thérapeutes, etc.)… pour peu qu’ils aient fait un travail sur eux-mêmes et sur leur façon d’accompagner.

Dans le prochain article sur les 6 niveaux d’intention dans la relation à l’autre, nous verrons ensemble les niveaux de l’aide, du soin et du sauvetage. Tout un programme.


Si vous aussi voulez être accompagné pour améliorer la qualité de vos relations (professionnelles ou personnelles), contactez-moi ici; nous pouvons travailler ensemble.


Quand on partage un bien immatériel, on le multiplie. (Idriss Aberkane – Libérez votre cerveau)

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